Mercredi 13 janvier

Alors que j'étais en chemin pour aller donner mes cours, coincée dans la cohue de l'escalator qui nous extirpait d'un quai de métro bondé, j'ai senti une main tirer la manche de mon manteau. Me retournant vivement, je me suis retrouvée face au sourire hilare et lumineux de Miss Ébène.
Miss Ébène a dix-huit ans, étudiante en première année de fac, et je la connais depuis son entrée au CP. Elle a débuté le violon avec moi à sept ans, petite fille à la peau ébène, gigotant et gesticulant en tout sens, autant dire que ses débuts n'étaient pas des plus prometteurs. Elle n'était pas très douée, mais je l'aimais bien, c'était mes débuts comme professeur de conservatoire, j'étais très motivée et idéaliste comme il se doit, et à force d'y croire, ça a fini par marcher. Certes elle n'avait pas beaucoup d'oreille au départ, mais dès la deuxième année elle a cessé de danser la samba (façon de parler) en cours, et elle s'est appliquée avec constance et les progrès ont suivi. Elle venait à mes concerts mais uniquement pour le violon, car la musique, par contre, elle n'aimait pas trop (sic) ! Elle s'est tellement bien prise au jeu qu'elle a continué jusqu'au bac, qu'elle a obtenu avec mention Très Bien vu qu'entre temps, elle avait décidé de prendre l'option musique. Elle a eu 19, pas si mal pour une gamine qui aimait bien le violon mais pas la musique !
Nous nous sommes fait la bise, avons échangé quelques nouvelles, elle a repris sa route en riant avec une amie, et j'ai repris la mienne en souriant d'avoir rencontré mon bonheur du jour..