Vendredi 19 février :

Je suis allée courir pour combattre un début d'effondrement, cela peut paraître contradictoire mais je sais que me forcer à me relancer me réussit toujours !
En passant près du petit lac aux canards, j'ai croisé Mr Milou et c'était une immense joie de le revoir.
Cette joie était purement fictive mais telle la madeleine proustienne, son effet était quand même merveilleux.
J'ai passé une partie de mon enfance dans une banlieue cossue et réac, notre maison étant elle-même située dans un quartier résidentiel où je faisais du patin à roulettes dans la rue sans jamais voir grand monde. Ma mère et moi avions surnommé "Mr Milou" un vieux monsieur qui passait avec son tout aussi vieux fox-terrier tous les jours devant notre maison. Nous avions pris l'habitude de nous faire signe de la main par la fenêtre, et il m'adressait un beau sourire de ses yeux pétillants. D'allure encore élégante, avec une sempiternelle casquette sur tête, il ressemblait un peu à André Dussolier...Je crois bien que nous ne nous sommes jamais parlés, mais c'était un de ces personnages qui peuvent peupler le film de ces enfances solitaires, et j'étais triste quand survenaient des périodes d'absence. Ma mère ou moi disions alors, Tiens, il y a longtemps qu'on n'a pas vu Mr Milou...