Comment décrire cette scène qui s'est déroulée il y a quelque temps, sous mes yeux ? Où les impressions sonores restent, de loin, les plus marquantes, et ne s'atténuent toujours pas ?
J'essaye d'en transcrire la partition, en vain, les images et les mots s'entrechoquent sans que je réussisse à les saisir et les ordonner.

Il s'est passé ceci :

Nous étions au square en famille avec des amis, c'était un beau samedi ensoleillé, à l'heure du goûter.

J'ai entendu un homme crier "non !", un non bref et impatient peut-être ?
Juste après j'ai aperçu une silhouette de petite fille s'élancer sur la chaussée, mon œil droit a noté l'apparition d'une voiture dans son champ de vision, la voix d'homme a hurlé un " non ! " terrifié, auquel a succédé le violent éclatement de l'impact. Une sorte de hoquet de sidération nous a saisis, avant les hurlements, insoutenables, de la voix d'homme, râle de désespoir qui s'est mêlé aux hurlements de panique de la conductrice sortie de la voiture qui venait de renverser l'enfant. Chacun s'est d'abord immobilisé sous le choc, puis un mouvement de foule a reflué vers les grilles du square pour voir - voir ???
J'ai attrapé Little Bug dans les bras, le cœur battant, me répétant (moi aussi), non, non, mon Dieu, faites qu'elle ne soit pas morte, le Gars (plus efficace que moi, hein) s'est avancé sur le lieu de l'accident. Avec Garance, on s'est regardées, blêmes, son bébé dormait toujours paisiblement dans le landau, de drôles de pensées nous traversaient, les hurlements avaient laissé place à des sanglots, et la sirène des pompiers ne se faisait toujours pas entendre.
Le Gars est revenu, un peu pâle, j'ai regardé son T-shirt blanc qui ne présentait aucune trace, je ne savais si c'était bon signe ou pas. Curieux les observations involontaires qu'on fait, tiens y'a pas de sang, et alors, ça ne prouve rien, blessée, pas blessée oui mais vivante, morte, ou peut-être inconsciente ?
Un médecin était déjà auprès de l'enfant qui était à demi consciente, sans blessures externes apparentes. Le Gars avait appelé les secours et sécurisé l'enfant sur la chaussée. Il avait noté l'heure de son appel, les pompiers sont arrivés en 4 minutes. Pourtant qu'elles nous ont semblé longues ces minutes d'attente...

Par-delà le choc d'avoir assisté à cet accident, avec toutes les projections inévitables qu'on fait pour soi et ses proches en plus de l'empathie évidente qu'on ne peut que ressentir pour les victimes directes, et même pour cette malheureuse automobiliste surprise par l'enfant qui a surgi entre deux voitures en stationnement
(la rue est très mal sécurisée, les automobilistes arrivent d'une route sans feu ni stop ni ralentisseurs, seul un virage transforme cette route en rue urbaine avec limitation de vitesse, c'est réputé dangereux)
Par-delà ce choc, disais-je, je reste troublée par la difficulté à mettre en mots cette expérience composée d'émotions fortes, de cris et de sons qui résonnent encore, et de cette troublante, désagréable dilatation du temps de l'instant vécu...

Comme le Gars a dû laisser son numéro de téléphone aux secours et qu'il n'a jamais été rappelé, on suppose que les conséquences sont plutôt bénines. Il s'est quand même rendu à la caserne des pompiers pour tenter d'avoir des nouvelles mais n'a pas été autorisé à en recevoir.